[Cinéma] Martyrs
J’avais déjà chroniqué Martyrs sur mon blog à l’occasion de la sortie en salle du film. Je me permets de mettre une deuxième couche à l’occasion de la sortie DVD et BluRay du film!
D’abord rappellons que ce très cher Pascal Laugier était déjà à l’origine de Saint Ange. J’ai beaucoup aimé Saint Ange bien que le film est loin d’être parfait, il avait le mérite de poser une ambiance exceptionnelle et la performance de Virginie Ledoyen rendait le tout encore plus « juste ». Saint Ange ne jouait pas sur la violence, encore moins le gore, mais plus sur le ressenti, l’ambiance et la prestance de l’orphelinat dans lequel évoluaient les personnages. Martyrs n’est plus dans le même registre, le film a d’ailleurs bien failli se taper un très joli « interdit au moins de 18 ans« , chose qui l’aurait littéralement tué dans l’oeuf quand on voit que même avec une interdiction aux moins de 16ans avec avertissements le film est si peu distribué… Martyrs est violent autant sur le plan graphique que psychologique, les bruitages sont assourdissants, les coups de feu résonnent longtemps dans la tête, les effets spéciaux sont impeccables (Benoît Lestang RIP) mais Martyrs n’est pas qu’un film violent c’est aussi et surtout une histoire d’amour impossible, destructrice, avec tout ce que cela implique.
Si on pouvait reprocher à Saint Ange de faire un peu du « sur place » et d’être trop lent, pas assez mouvementé, on ne peut clairement pas reprocher cela à Martyrs, car ici en plus de la violence que Laugier nous envoie en pleine poire, on suit une histoire, une véritable histoire, qui avance inéluctablement vers une fin que l’on n’imagine pas… Je m’explique, on sent que les personnages évoluent constamment vers l’impuissance et « l’acceptation » de la violence qui leur est infligé et à aucun moment, je dis bien aucun, Laugier ne viendra glisser un semblant d’espoir pour nous rassurer, à aucun moment Martyrs ne glissera vers du gore à la Hostel ou Saw… En bref, à aucun moment Laugier ne laissera le temps au spectateur de souffler (à moins que vous partiez en courant de la salle
), à aucun moment vous pourrez vous dire « Haa mais ce n’est que du cinéma, comme Hostel! » comprenez donc bien, pas de bullet-time, pas de ralenti foireux, pas de musique étouffante, pas de réconfort… Non, vous êtes comme envoûté/scotché, tétanisé par le film, vous oubliez que vous êtes dans une salle de cinéma car vous êtes en train de vivre une expérience traumatisante, très intimiste et magnifiquement interprétée par Mylène Jampanoï et Morjana Alaoui. Car oui le jeu d’acteur (actrice ici!) va forcément crée une grande immersion dans le film…Ces deux actrices là sont le coeur du film, car l’histoire d’amour de leur personnage est LA trame de Martyrs, le fil conducteur… Et ce n’est pas les toutes dernières secondes du film (aussi intriguantes soit-elle!) qui doivent leur voler la vedette mais bien la relation entre Anna et Lucie qui est vraiment troublante et touchante. En 1h40 on passe de l’amitié à l’amour à la trahison, aux regrets et au pardon. Quoi de plus horrible que de croire que l’amour que l’on porte pour quelqu’un va nous mener inéluctablement à notre perte? Quoi de plus horrible de se rendre compte que l’on a trahi l’être qui nous est le plus chère mais qu’il est trop tard pour se faire pardonner? Tant de thèmes qu’aborde Martyrs, alors que l’on ne l’attendait pas là ! Difficile de ne pas spoiler pour parler un peu plus de cette relation si particulière… En effet l’histoire entre Anna et Lucie couvre la quasi totalité du film (et ne s’arrête pas au milieu du film comme certains le pensent). La scène de torture est nécessaire pour amener à la scène ou Anna commence à parler toute seule et qu’elle entend Lucie lui parler. Véritable déclaration d’amour et de pardon quand Anna se rend compte de ce que Lucie a enduré durant tout ce temps et qu’elle lui demande comment « ne plus avoir peur« . Alors biensûre que la torture physique est insoutenable pendant ce passage, preque 20 minutes quand même, mais que dire de la torture morale qu’éprouve Anna, elle qui se rend compte que pendant des années elle a douté des paroles de Lucie, alors que finalement tout ce que vivait Lucie était vrai. Je rajouterai à l’intention des détracteurs du film qui trouve le film trop violent, que si vous allez voir un film d’horreur pour rigoler vous n’avez pas tout compris au système, car c’est le but principal d’un film d’horreur et d’épouvante que de rendre mal à l’aise et faire peur…C’est en cela que je ne comprends pas trop ce qui critique l’histoire de « la secte » ou de la quête de ce qu’il y a après la mort, tout ça n’étant qu’un prétexte pour exacerber les sentiments entre Lucie et Anna… Je dirais même plus, à la limite on s’en fout de la secte, c’est franchement pas le thème principal du film!
De son propre avoeux, Laugier a réalisé Martyrs pour se libérer de toute la violence qu’il ressent dans notre monde… Il dépeint ainsi à sa manière un tableau de notre société où les apparences laissent croire que « tout est beau dans le meilleur des mondes » alors que par dessous, c’est la violence et la brutalité qui sont maîtres des lieux (allégorie de la famille bien sous tout rapport qui s’adonne à des activités pour le moins choquante dans sa cave!). Je pense également que quelque part on peut y voir une allégorie de ce que traverse le cinéma de genre en France actuellement, Martyrs étant un peu (du moins je me plais à le croire), « l’inconscient » du cinéma français, ce qui dort derrière les 250 comédies que le cinéma français nous pond par an et que les gens se plaisent à glorifier. Pourquoi les cinémas italiens, anglais, US accouchent des films de genre sans scrupules et sans aucun remord alors que le cinéma de genre français reste limité à 3-4 productions par an? J’ai l’impression que le cinéma français se retient et se cantonne à Bienvenue chez les Chtis (je caricature exprès hein^^) pour montrer ce qu’il sait faire, que le cinéma français a peur de montrer ce qu’il cache au fond de lui même… Pascal Laugier avec ce Martyrs, je l’espère (mais je n’y crois pas trop malheureusement) ouvre la voie vers un cinéma français décomplexé… Reste à voir s’il va être suivi. Ceci étant quand je dis être suivi, je ne dis pas que je veux 36 000 Copies de Martyrs, j’aimerai que des réalisateurs apportent leur visions des choses, qu’ils ne se contentent pas de copier leur modèle (même si les modèles en question sont Romero et compagnie) mais que comme Gans ou Laugier, ils assimilent/digèrent leur référence cinématographique pour nous pondre des films intimes, personnels mais surtout inédit comme l’est Martyrs.
Car si par moment en voyant Martyrs on peut penser à plusieurs film de genre, ne nous y trompons pas, Martyrs n’est pas une « copie » d’un film gore, Martyrs est une oeuvre cent pour cent original qui n’emprunte à aucun moment les sentiers battus… Inutile de vous dire que « le soulagement » que l’on peut éprouver à la fin d’un Hostel quand finalement les personnages « se vengent » n’est pas au programme de Martyrs… Bien au contraire le film commence par la vengeance dans une première partie très musclée et nerveuse et se conclue par une deuxième partie beaucoup plus lente et posée mais aussi plus violente psychologiquement. Car oui Laugier casse souvent son rythme et cela accentue la violence qu’éprouve les personages et le spectateur par la même occasion. Je prendrai pour exemple la scène de la torture qui « n’en finit pas » pour certains, mais c’est le but du réalisateur que de nous assomer, de nous faire violence avec ces images car il veut faire de nous (ses spectateurs) des martyrs et il nous le rappelle à la fin du film en précisant bien que martyrs signifie témoins! Vous êtes témoins de la souffrance qu’a enduré Anna autant physique que psychologique, vous êtes témoins de l’amour qu’elle a pour Lucie… Et non pas témoin de son massacre style « Passion du Christ 2.0″…
En somme je ne sais pas si on peut parler de chef d’oeuvre pour Martyrs, mais ce qu’il y a de sûre c’est que l’on se retrouve face à une expérience inédite d’un point de vue cinématographique. Martyrs est la preuve que le cinéma de genre n’est pas qu’un ramassis de gore et de violence mais aussi un film portant à la réfléxion. Pour moi ma meilleure expérience ciné depuis bien longtemps! Merci Pascal Laugier!
PS: En ce qui concerne l’interdiction -18ans… Je ne dirais pas que cela aurait été justifié car je pense qu’il y a des personnes de 16 ans qui comprendront et interprèteront sans aucun problème les images et la violence psychologique du film et d’autres de 30 ans qui seront choqués pendant des semaines… Ceci étant, le film n’est pas à mettre à la portée de personnes sensibles.



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Tin je connaissais pas ce film, mais aprés avoir lu la moitié de ton résumé, je pense que je vais aller jeter un coup d’oeil sur le film (y)
Petite question : Comment on met un avatar sur wordpress pour qu’il apparaisse sur ton blog quand on commente ? :/